إِنَّا فَتَحْنَا لَكَ فَتْحًا مُبِينًا (1)

jeudi 17 janvier 2013, par Madani


إِنَّا فَتَحْنَا لَكَ فَتْحًا مُبِينًا (1)

لِيَغْفِرَ لَكَ اللَّهُ مَا تَقَدَّمَ مِنْ ذَنْبِكَ وَمَا تَأَخَّرَ وَيُتِمَّ نِعْمَتَهُ عَلَيْكَ وَيَهْدِيَكَ صِرَاطًا مُسْتَقِيمًا (2)

وَيَنْصُرَكَ اللَّهُ نَصْرًا عَزِيزًا ((3

هُوَ الَّذِي أَنْزَلَ السَّكِينَةَ فِي قُلُوبِ الْمُؤْمِنِينَ لِيَزْدَادُوا إِيمَانًا مَعَ إِيمَانِهِمْ وَلِلَّهِ جُنُودُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَكَانَ اللَّهُ عَلِيمًا حَكِيمًا (4)

لِيُدْخِلَ الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَاتِ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِنْ تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا وَيُكَفِّرَ عَنْهُمْ سَيِّئَاتِهِمْ وَكَانَ ذَلِكَ عِنْدَ اللَّهِ فَوْزًا عَظِيمًا (5)

Transcription :

Innā fataḥnā la-ka fatḥan mubīnan (1)

li-yaghfira la-ka Allahu mā taqaddama min dhanbika wa mā ta’akhkhara wa yutimma ni‘matahu ‘alayka wa yahdiyaka ṣirāṭan mustaqīman (2)

wa yanṣuraka Allahu naṣran ‘azīzan (3)

Huwa l-ladhī anzala s-sakīnata fī qulūbi l-mu’minīna li-yazdādū īmānan ma‘a īmānihim ;

wa li-Allahi junūdu s-samāwāti wa l-arḍi wa kāna Allahu ‘Alīman ḥakīman (4)

li-yudkhila l-mu’minīna wa l-mu’mināti jannātin tajrī min taḥtihā l-anhāru khālidīna fīhā

wa yukaffira ‘anhum sayyi’ātihim ;

wa kāna dhalika ‘inda Allahi fawzan ‘aḍhīman (5)

Traduction :

48-1 :

En vérité, Nous t’avons accordé une victoire éclatante,

48-2 :

afin que Dieu te pardonne tes péchés, passés et futurs, qu’Il parachève sur toi Son bienfait et te guide sur une voie droite ;

48-3 :

et afin qu’Il t’apporte un puissant secours

48-4 :

C’est Lui qui a fait descendre la quiétude dans les cœurs des croyants afin qu’ils ajoutent une foi à leur foi. À Dieu appartiennent les armées des cieux et de la terre ; et Dieu est Omniscient et Sage.

48-5 :

Il l’a fait afin que les croyants et les croyantes puissent entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux où ils demeureront éternellement ; et afin d’effacer leurs méfaits. Cela est une grande générosité de la part de Dieu

Essai de commentaire :

Pour l’unanimité des exégètes, la sourate al-Fatḥ (N° : 48) est médinoise, ou post- hégirienne. Elle fut révélée au Prophète d’une seule traite, alors qu’il était sur le chemin du retour entre la Mecque et Médine. Selon ces mêmes mufassirīn, elle dépeint un événement décisif des débuts de l’histoire de l’Islam, celui du traité de paix conclu avec les autorités mecquoises à al-Ḥudaybiyya [1], au mois du šawwāl (6h/mars 628 J-C). Le Prophète, sallā Allahu ‘alayhi wa sallam, en dit : « Cette nuit, m’a été révélé une sourate que je préfère à tout ce que le soleil recouvre » [2].

Les cinq premiers versets sont une bonne nouvelle (bušrā) annoncée au Prophète ainsi qu’à ses Compagnons (ṣaḥāba) ; un discours de consolation et de réconfort avec en filigrane la description de l’Essence divine, manifestée par Ses Noms et Attributs.

La bušrā véhiculée par les trois premiers versets s’adresse spécifiquement et gracieusement au Prophète. Elle contient cinq volets complémentaires plus beaux les uns que les autres.

  • Le fatḥ éclatant/évident : Puissamment expressif, ce terme désigne d’un côté la Victoire éclatante qu’Allah avait donnée à son Bienaimé ainsi qu’à Ses serviteurs, après dix-huit ans de persécutions, infligées par les impies mecquois. D’un autre côté, ce terme évoque « l’ouverture » des Trésors de la Connaissance divine, de la Guidance et de la Proximité. Désormais, rien ne sera « fermé » pour le cœur béni du Prophète. Comme si le Savoir, verrouillé, inaccessible et lointain, se retrouvait enfin « ouvert », dévoilé et donné à voir.
  • Le Pardon des péchés, ceux du passé comme ceux du futur ; belle tournure pour dire que le Pardon divin pour Son prophète est général, bien que ce dernier soit infaillible. « Au regard des Proches, les bonnes œuvres des Pieux sont des péchés  », dit-on pour expliquer que la perfection n’a pas de limites. Le degré inférieur est erreur par rapport à celui au dessus.
  • Le Parachèvement des grâces et bienfaits (ni‘ma tāmma). Allah lui a accordé le bienfait le plus complet possible, bienfait qui correspond à son haut rang ; les grâces et les dons étant variables selon le rang de celui qui en bénéficie. Au niveau prophétique, la grâce la plus parfaite est la lumière de prophétie (nūr al-nubuwwa), ou l’honneur d’être élu pour recevoir la Parole divine, la diffuser et être ainsi le Porte- parole du Seigneur des univers, qui s’adresse à l’humanité en entier.
  • L’Orientation dans le droit chemin : Nul doute que la droiture du Prophète était pleinement acquise. Le sens du verset serait alors : « Allah accroît pour toi la guidance en indiquant davantage les péripéties et détails de la Voie menant à Allah, en définissant les principes qui n’ont pas été jusque-là déterminés. Cette guidance est donc une synthèse réunissant la constance (thabāt) sur le Bien vers lequel il a été guidé et les nouveaux volets vers lesquels il sera pareillement guidé » [3].
  • La Victoire confirmée et le puissant secours contre les injustes. La conclusion du traité d’al-Ḥudaybiyya renforce davantage le Prophète. Etre pacifique honore le Prophète et le grandit alors qu’il était en mesure de vaincre ses persécuteurs. La preuve en est le Nom suprême « Allah », ici évoqué pour démontrer que Sa douce intervention (‘ināya) permet de réaliser cette victoire. Or, il ne s’agit nullement d’une victoire militaire (aucune bataille n’a eu lieu), mais celle du Vrai contre le faux, du Bien contre le mal, des lumières prophétiques contre l’entêtement des arrogants.
    Croyants et croyantes :

Etant toujours associés au Prophète, les croyants ont été concernés par ces grâces, mais de manière différente. Allah réserve les versets 3 à 5 aux Compagnons, ayant soutenu le Prophète. Une bušrā leur est donc propre. À son tour, elle contient cinq volets. Superbe et insaisissable symétrie. Avant de les énumérer, il convient de souligner que les Croyantes sont aussi concernées par cette bonne nouvelle au même titre que les hommes. Les mentionner ici vise, comme le souligne Ibn ‘Ašūr, « à dissiper toute illusion prétendant que cette promesse ne concerne que les hommes (...) Les femmes ont une part égale dans cette épopée divine. En temps difficiles, elles partagent les mêmes malheurs ; elles veillent aux malades et blessés ; elles souffrent, en silence, en cas de veuvages, de perte d’enfants et d’époux. Quelle belle confirmation divine ! Elle balaye, au passage, toute accusation de ségrégation. Au même titre que les hommes, les croyantes auront cinq vertus :

1- La sakīna (quiétude) : Allah fait descendre la sakīna sur les cœurs de Ses serviteurs. Métaphorique, ce terme signifie que l’apaisement provient de la Miséricorde céleste. En réalité (historique), les Compagnons furent déçus de voir leur Guide conclure un traité de paix avec les mécréants. Convaincus qu’ils suivaient le Vrai, et forts de leur nombre et équipement, ils songeaient pouvoir conquérir aisément la Mecque. Avec une douceur sans faille, une sagesse visant le long terme, le Prophète a préféré rebrousser chemin vers Médine, se concilier avec les mecquois en espérant les orienter, par sa magnanimité, vers le Bien. Là réside un énième exemple de tolérance et d’amour dont peu de gens parlent. Allah a donc dissipé les doutes des Compagnons, ancré le yaqīn (ici quiétude) dans leurs cœurs en rappelant que le salut est de suivre le Prophète, guidé par son Seigneur. Souvent, l’entendement humain ne voit pas l’intérêt et se précipite. La sagesse prophétique les raisonne.

2- L’Augmentation de foi  : Le fruit immédiat de cette quiétude est d’accroître leur foi. Allah éduque ces Compagnons et veille Lui-même à les élever à travers les épreuves et les difficultés, les désillusions et les espérances. Il les oriente vers ce qu’Il décide, vers ce que le Prophète ordonne, vers le Bien que leur entendement ne voit pas au premier abord.

3- L’Accès au Paradis  : Comme ultime récompense, Allah leur accordera le Paradis. La mention du Paradis a ici un sens très fin : Ils l’ont mérité du fait de leur soutien au Prophète, et de l’acceptation de sa décision, qui est une belle action s’ajoutant à leurs autres bonnes œuvres.

4- L’Eternité  : Pour que leur joie ne soit point entachée par le sentiment de l’éphémère, Allah affirme que leur Séjour, au Paradis, sera éternel. Illusoire et limitée, la temporalité n’aura plus d’incidence sur les esprits épris de Contemplation de la Face divine.

5- L’Expiation des péchés : Accompagner le Prophète, admettre ses décisions, prendre sur soi-même aboutit finalement à l’expiation des péchés. Allah voulait recevoir les croyants purs, exempts de tout péché entachant leur venue.

« L’Ouverture » est l’heureux présent que Dieu offre à Ses gens, le Prophète à leur tête. De fait, historiquement, il s’agit de l’ouverture d’une Ville, devenue sûre (al-balad al-amīn), après des années d’égarement et d’hostilités. S’agissant des cœurs, elle est dévoilement, pour qui veut voir, des Trésors de la Connaissance divine, de Sa Satisfaction et des doux arcanes de Sa Proximité. Le premier être à être touché par ce fatḥ est bien sûr le Prophète. Les fruits des futūḥāt (illuminations) qu’il a reçues, au long de sa vie, sont ce que ressentent les musulmans de toutes époques. Il suffit à ces derniers de se fondre dans son cœur pour que le leur accède aux Trésors ouverts. Ce n’est pas un hasard si Ibn ‘Arabī (1165-1240) intitule son ouvrage : al-Futūḥāt al-Makkiy (Les Illuminations de la Mecque) en souvenir de ce moment où Allah s’est manifesté à Ses serviteurs et leur a autorisé l’accès aux précieux mystères de Sa Proximité. Cette sourate ne « vaut-elle
pas mieux que tout ce que le soleil recouvre » ?

Abū Chady al-Madanī

Dimanche 6 janvier 2013.


[1Al-Ḥudaybiyya est une localité située près de la Mecque. Ce traité devait permettre au Prophète et à ses fidèles de se rendre en pèlerinage dans cette ville pendant trois jours l’année suivante. Il prévoyait également un période de paix de dix ans entre les deux parties. Les Mecquois ont brisé ce traité l’année suivante et le Prophète conquit la ville en 630.

[2Al-Bukhārī et al-Tirmidhī jugent ce hadith : bon, étrange et authentique.

[3Ibn ‘Ašūr, al-Taḥrīr wa al-Tanwīr,




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