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Maximes du Cheikh Madani

Hikam est le pluriel irrégulier de hikma [1], terme qui désigne, en arabe classique, deux notions. D’une part, il signifie le message gnomique exprimé dans un style concis et expressif. Est hikma tout énoncé véhiculant un contenu sapiential, représenté d’une manière incisive. La maxime se définit ainsi comme un discours édifiant visant à éduquer les esprits grâce à la préciosité du style et à la consistance du contenu spirituel dépeint. D’autre part, ce terme désigne la sagesse morale qui caractérise le hakīm, homme sage. Elle est une sorte de profondeur humaine dotant quiconque la possédant d’une hauteur de vue, d’une expérience solide et d’une intégrité éthique.

Les premiers ascètes musulmans prônaient le détachement de ce bas-monde et appelaient à s’orienter vers l’Ultime demeure. Les grands Maîtres soufis exprimaient leurs pensées non seulement en poésie, mais aussi en sentences courtes et intenses. Les premières sentences et apophtegmes remontent aux soufis de Bagdād et de Kūfa. Probablement à cause de l’abondance de ces textes, Abū Hayyān al-Tawhīdī promit de consacrer un volume entier aux sentences des soufis de son époque [2] . Ne pouvant pas tenir sa parole, il a parsemé son Basā’ir wa-l-dahā’ir de ce genre maximes.

L’auteur le plus connu qui a composé un ouvrage de la sorte est Ibn ‘Atā’ Allāh d’Alexandrie (m. 709/1309), auteur d’al-Hikam al-‘atā’iyya [3]. Abū Madayn al-Gawt composa aussi 170 maximes ; Le chayh al-‘Alāwī en a fit de même. Ses hikam furent commentées. Sīdī Muhammad al-Madanī composa à son tour 101 maximes. Elles ont été rassemblées par trois de ses disciples : sidi Muhammad Taqtaq (m. 1987), sidi al-Tāhir ‘Abd al-Hādī (m. 2003) et sidi al-Mabrūk Ibn al-Hāğ (m. 2000). L’auteur même souligne en 1950 qu’il avait demandé à ses trois disciples de recenser ces maximes dans un même ouvrage.


[1Le terme hikma est coranique : Coran : II, v. 123/129, v.146, v.151 ; III, v.75/81 ; IV, v. 54/57 ; LIV, v.5 ; XLII, v. 63 ; XXXIII, v. 34 ; XXXVIII, v. 19, v. 20, etc.

Dans la pensée arabe spéculative du IV/X siècle, la hikma est la purification de l’âme grâce aux principes moraux. Ibn Sīnā définit la hikma ainsi : « La sagesse est le passage de l’âme de l’homme à la perfection possible pour lui dans les deux limites de la science et de l’action », al-Burhān, p. 260, (extrait d’al-Šifā’), éd. ‘A. Badawī, Le Caire, 1954 ; A. M. Goichon, art. « Hikma », E. I. , III, p. 389-390.

[2Al-Tawhīdī, al-Basā’ir wa-l-dahā’ir, I, p. 152.

[3G. Makdisi, art. Ibn ‘Atā’ Allāh, dans EI², III, p. 745.