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L’aigle, la chaussure, et le serpent …

Ibn Al-Roumi

D 17 septembre 2008     H 21:38     A S.Chabert    


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L’aigle, la chaussure, et le serpent

Lorsque Muhammad (sur lui les bénédictions et la paix) entendit d’en haut l’appel à la prière rituelle, il demanda de l’eau et renouvela ses ablutions : il se lava les mains et le visage avec cette eau froide. Il se lava les pieds et allait prendre sa chaussure lorsqu’un voleur de souliers s’en saisit.

Cet homme au caractère si doux tendit la main vers son soulier : un aigle s’en empara de sa main, et l’emporta dans les airs, aussi rapide que le vent, puis il le retourna et un serpent en tomba

De la chaussure tomba un serpent noir : en raison de cette sollicitude divine pour le Prophète, l’aigle devint son ami bienfaisant. Puis l’aigle rapporta le soulier et dit : « Viens, prends-le et va prier. J’ai effectué cet acte présomptueux par nécessité : je suis rendu honteux par mon respect pour toi. Malheur à celui qui agit présomptueusement sans nécessité parce qu’un vain désir l’y autorise ! »

Alors le Prophète remercia l’aigle et dit : « J’avais considéré (ton acte) comme de l’insolence, mais en réalité c’était de la bienveillance. Tu as emporté le soulier et j’étais ennuyé : tu as enlevé mon souci, et je suis devenu affligé. Bien que Dieu m’ait montré chaque chose invisible, à ce moment mon cœur était occupé de moi-même. »

L’aigle répondit : « Ne t’imagine pas que l’oubli se soit produit en toi : si j’ai vu cette chose invisible, c’est par ton reflet. Si moi, dans l’air, je vois le serpent dans la chaussure, ce n’est pas de moi-même, c’est ton reflet, ô Mustafâ. »

Le reflet de l’homme de lumière est totalement resplendissant ; le reflet de l’homme de ténébre n’est qu’obscurité. Le reflet du serviteur de Dieu est entièrement lumineux ; le reflet de celui qui est étranger à Dieu est totale cécité. Connais le reflet de chacun, clairement, ô mon âme, puis reste toujours avec le congénère que tu désires.

Cette histoire est une leçon pour toi, ô mon âme, afin que tu te soumettes aux décrets divins, de sorte que tu comprendras rapidement et que tu auras de bonnes pensées au sujet de Dieu quand tu verras une calamité t’arriver soudain. Tandis que d’autres pâlissent de peur, tu riras, à l’heure du gain ou de la perte, comme la rose, parce que la rose, même si tu lui arraches pétale après pétale, ne cesse d’être riante et ne devient pas courbée (de peine).

« Pourquoi, dit-elle, serais-je affligée à cause d’une épine ? En vérité j’ai acquis mon rire au moyen de l’épine. Quoi que ce soit qui, par la destinée, devient perdu pour toi, sois sûr que cela t’a sauvé de la peine. On demanda : « Qu’est-ce que le soufisme ? » Le Cheikh répondit : « Éprouver de la joie dans le cœur lorsque vient le chagrin. »

Considère Son châtiment comme l’aigle emporta la chaussure de cet homme parfait (Le Prophète), afin de sauver son pied de la morsure du serpent. Oh, heureuse la compréhension qui n’est pas obscurcie !

Dieu a dit : « Ne soyez pas désespérés en perdant ce qui vous échappe [1] » si le loup vient et détruit tes moutons, car ce malheur détourne de grands malheurs, et cette perte empêche d’énormes pertes.

Réf : La quête de l’absolue (Djalal ed-Din Rûmi)


[1Coran LVII, 23