L’espérance en Allah

Traduction sidi Abd al-Malik

dimanche 13 mai 2012, par Madani

Toutes les versions de cet article : [عربي] [Français]


Nous l’avons l’honneur de vous présenter la traduction d’un discours prononcé par sidi al-Cheikh Muhammad al-Munawwar al-Madani, à la zawia al-Madaniyy, en août 2011 (Ramadhan). Ce discours porte sur l’espérance en Allah. Il dit : « Prière et Paix sur celui qui se dirige vers son Seigneur sur les ailes, à la fois du désir et de l’espoir, progressant vers Lui, couronné de lumière, sur le vaisseau de la passion, ainsi que Ses compagnons, Sa famille, les meilleurs à avoir réussi et à être sauvés.

L’espérance est une des stations de la « Haute Foi » vers laquelle tendent les aspirations. Les linguistes la définissent comme étant une « attente » c’est-à-dire l’absence du désespoir (état dans lequel on n’attend plus rien). Elle a pour fondement le bien et la bonne opinion à propos d’Allah. Le thème de l’espérance est mentionné dans la Parole d’Allah (le Quran) pas moins de dix sept fois et parmi les versets explicites dans lesquels il apparaît, celui-ci : « Que celui qui espère la rencontre de Son Seigneur, qu’il fasse œuvre saine et qu’il n’associe personne dans l’adoration de Son Seigneur ».

Il a dit également « Celui qui espère la rencontre d’Allah, oui vraiment, la récompense d’Allah viendra » et «  Vous avez dans l’Envoyé un bel exemple pour celui qui espère Allah et le Jour dernier ; et, ce-faisant, invoque beaucoup (le Nom d’) Allah. »

La mention de cette station apparaît également de façon tout à fait explicite dans le Hadith que rapporte Anas Ibn Mālik, qu’Allah soit satisfait de lui : « L’envoyé d’Allah visita un jeune homme à l’agonie et lui dit : « Comment te trouves tu ? ».

Le jeune homme répondit : « Par Allah, O Envoyé d’Allah ! j’espère Allah et crains mes fautes ». L’Envoyé, Prière et Salut sur lui, dit alors : « Deux choses ne se réunissent pas dans le cœur d’un serviteur en pareilles circonstances sans qu’Allah ne lui donne l’objet de son espoir et ne le protège de ce qu’il redoute. »

Le premier élément à retenir de ce Hadith synthétique est que le Prophète- qu’Allah prie sur lui et lui accorde la Paix - visitait ses compagnons et leur manifestait sa tendresse aux heures difficiles afin de raffermir la Foi dans leur cœur, cela, malgré le poids de la Révélation, la multitude de ses obligations envers son Seigneur et son apostolat. Même si le décret Divin (fatal) vis-à-vis de ce jeune compagnon se réalisa, la bénédiction de cette visite apparaît en fait dans la guérison qu’elle apporte au cœur et dans ce qu’Allah lui a inspiré (en parole). [1]

On peut également retenir de cette visite le fait que le Prophète, Prière et Salut sur lui, n’a demandé à la personne qu’il visitait, ni son état de santé, ni les (éventuels problèmes) d’argent de ses proches après son décès, ni d’autres affaires courantes : Par son propos « Comment te trouves tu ? », il s’est enquis de l’intérieur de son être et de la réalité de sa foi : en dernier rang les soucis de la vie présente, en premier rang ceux concernant la vie future ! La conscience [2] (wijdān) est ce que l’homme trouve en son for intérieur comme sciences et certitudes, dans les moments de confusion (et de détresse totale).

De fait, Allah a inspiré à cet illustre compagnon la réponse des gens sincères en faisant mention de l état de son cœur : l’espoir d’Allah et la peur des fautes.

L’espoir comporte des degrés divers : Certains espèrent le Paradis, d’autres espèrent la miséricorde d’Allah, et enfin certains, qui sont les parfaits des Hommes, espèrent Allah et ne désirent que Lui. [3]

En ce qui concerne la peur de ce Compagnon, elle ne se référait pas au châtiment (‘adhab), mais plutôt aux fautes (elles mêmes) qu’il avait commises. En effet, le statut de la peur diffère selon les situations. Dans l’état ordinaire (de bien être) la crainte (d’un châtiment) fait barrage aux crimes (sans devoir s’accompagner d’espoir en contre partie, mais dans les périodes d’adversité il est impératif de (l’associer et de) donner le pas à l’espoir, à la bonne opinion vis-à-vis de la miséricorde d’Allah, au fait de s’attacher à Ses bienfaits, selon l’adage disant « La Joie en Allah doit être plus forte que la crainte que l’on a de Lui ».
La réponse Muhammadienne n’est que guérison et bonne nouvelle. « Ils ne se réunissent pas »- i.e l’espoir et la peur –« dans le cœur d’un serviteur, en pareilles circonstances, sans qu’Allah ne lui donne ce qu’il espère et le met à l’abri de l’objet de sa peur ». Ceci est la preuve de l’étendue des cœurs [4]et de la possibilité d’y réunir toutes les œuvres de l’Esprit contrairement aux organes sensoriels pour lesquels il n’est pas possible d’accomplir plus d’un seul acte d’obéissance en un instant donné.

Sa mention (qu’Allah prie sur lui et lui accorde la Paix) du cœur, liée ici aux affres [4] de la mort, témoigne du fait que celui ci est bien le « lieu » [5] des actes vertueux et que c’est par lui que sont atteintes ces stations élevées, après avoir été purifié par la lecture du Quran et les invocations remémoratives.

De même, le Prophète a choisi le terme « serviteur » plutôt que « croyant » ou « musulman » du fait de son abaissement parfait pendant les moments d’espérance, ce choix montre ici la sincérité de son adoration et l’abandon de l’espoir en un autre que Lui, le détachement total du fruit des œuvres, fussent elles vertueuses ; des paroles, fussent elles belles ; des états, fussent ils bons.

Sa parole « En ces circonstances [6] » est une allusion à l’instant de la séparation du monde et le retour vers Allah, l’instant de l’ivresse de la mort dont le Vrai [7] dit à son propos « Vient l’ivresse de la mort avec la Vérité, voici ce que tu craignais et dont tu voulais être exempté » (50, 19).

Moment dans lequel se vérifie les preuves du « transfert » et se réalisent les ordres du voyage. Dans le « tuhfat al-ahwadhi fi jāmi‘ at-Tirmidhi » : cette expression est comprise comme « en cet instant qui est le temps de l’ivresse de la mort, ainsi que de tous les temps semblables dans lequel on frôle la mort réellement ou sous le coup d’un jugement ».

L’Aimé –qu’Allah prie sur lui et lui donne la Paix- ne pouvait faire que bon accueil (à ce moment), et celui pour qui l’espérance et la « bonne opinion » sont l’impératif [8], Allah lui donne ce qu’il espère par Sa Générosité et le met à l’abri de ce dont il a peur par le pardon.

Et si les états de ce Compagnon étaient absorbés par l’espérance, l’état de son guide quant à lui -qu’Allah prie sur lui et lui accorde la Paix-, (lorsque ce moment s’est présenté à lui) s’est confondu avec l’élan amoureux vers la rencontre (al-liqā’) et la préférence qu’il lui a accordé à au fait de rester (en vie). On rapporte de Ez-Zahri –rapporté d’Ibn Hicham : Anas Ibn Malik m’a tenu ce propos : « Lorsque arriva le jour du lundi ou fut rappelé à Dieu l’Envoyé d’Allah – qu’Allah prie sur lui et lui accorde la Paix – Il se présenta devant les gens alors qu’ils priaient l’office du matin. On leva le voile, et ouvrit la porte, il sortit et lorsque les musulmans le virent ils faillirent perdre leur prière, (distraits) par la joie de le voir, ils le regardèrent et il leur fit signe de continuer. Anas dit : L’envoyé d’Allah eut un sourire en voyant leur attitude dans leur prière et je n’ai pas vu plus belle mine à l’Envoyé qu’à cette heure là (….) puis il s’en retourna et alla se coucher auprès de la mère des croyants Aisha - qu’Allah soit satisfait d’elle - qui a dit : « j’ai trouvé l’Envoyé d’Allah pesant sur moi, j’ai regardé son visage et son regard était fixe : il disait : « (Non !) Plutôt le Compagnon Suprême du Paradis », j’ai dit : « On t’a fait choisir et tu as choisi ! Par celui qui t’a envoyé en Vérité ». [9]

Ses dernières paroles furent des paroles de désir passionné pour la rencontre d’Allah et l’espoir de contempler Sa Beauté, Le préférant, Lui, plutôt que ce qui est auprès de Lui.

Il se présenta devant son Seigneur, poussé par l’espoir en la grandeur de Son BIEN [10], en accord avec ce qu’il avait recommandé de faire (Trois jours avant son départ) comme le rapporte Jabir Ibn ‘Abd Allah qu’Allah soit satisfait de lui «  Que personne d’entre vous ne meure, sans avoir parfait son opinion à l’égard d’Allah –qu’Il soit exalté » et en conformité avec le Hadith Sacré « Je suis selon l’opinion que Mon serviteur se fait de Moi, et Je suis avec lui selon la façon dont il m’invoque ».

A propos de l’espérance des plus éminents des compagnons – Qu’Allah soit satisfait d’eux- il suffira de mentionner ce que rapporte Al-Qurtubi dans son tafsir. On raconte que les compagnons mentionnaient entre eux le Qoran et Abou Bakr As Siddiq – Qu’Allah soit satisfait de lui – dit : j’ai lu le Qoran du début à la fin et je n’ai pas vu de verset plus beau et qui porte le plus d’espérance que Sa parole – exalté soit Il : « Dis : Chacun agit selon sa conformation [12]  »(Al-Isrā’ : 84), celle du serviteur est la désobéissance alors que celle du Seigneur est le Pardon ».

Omar Ibn Al-Khattab – Qu’Allah soit satisfait de lui – a dit de son coté : j’ai lu le Quoran du début à la fin et je n’ai pas vu de verset plus beau et qui porte le plus d’espérance que Sa parole – exalté soit Il : « Le Pardonneur des fautes, l’Accueillant au repentir, le Dur en punition, le Détenteur des faveurs. Point de divinité à part Lui et vers Lui est la destination. (Ghafir : 3). Le pardon des fautes devance l’acceptation du repentir : en cela il y a un objet de réjouissance pour les croyants.

‘Uthman – Qu’Allah soit satisfait de lui – a dit de son coté : j’ai lu le Quoran du début à la fin et je n’ai pas vu de verset plus beau et qui porte le plus d’espérance que Sa parole – exalté soit Il : « Informe Mes serviteurs que c’est Moi le Pardonneur, le Très Miséricordieux. (Al-Hijr : 49).

Ali – Qu’Allah soit satisfait de lui – a dit de son coté : j’ai lu le Quoran du début à la fin et je n’ai pas vu de verset plus beau et qui porte le plus d’espérance que Sa parole – exalté soit Il : «  Dis : « ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Car Allah pardonne tous les péchés. Oui, c’est Lui le Pardonneur, le Très Miséricordieux ». (Az-Zumar : 53).

Quant à l’espérance pratiquée par les gnostiques (les connaissants) nous mentionnerons à ce propos ce qui est rapporté de ‘Ata al-Kharsani -qu’Allah soit satisfait de lui - qui disait : « Miséricordieux est le Seigneur envers Son serviteur, lorsque celui-ci rentre dans sa tombe et lorsque sa famille, ses voisins, ses connaissances se séparent de lui ».

Allahuma ! Renforce notre attente et notre espoir en Ta Miséricorde, illumine cœur et force vitale [11] par le désir amoureux de Toi. Augmente notre connaissance de Toi, par laquelle Tu nous élèves en degré, par le rang éminent de celui dont la face est une aurore éclatante.

Shaykh Muhammad al-Munnawar al-Madani. Zawiya al-Madaniyya. 21 Ramadhan 1432 (22 Août 2011).

Traduction sidi Abd al-Malik,

Muqaddam la Tariqua Madaniyya, Égletons, France.


[1La mort étant inéluctable et arrivant par Décret Divin, le fait de ne pas y échapper (ne serait ce qu’un temps) ne peut être considéré comme un échec de l’intervention du prophète – Prière et Paix sur lui. La « réussite » de cette intervention se mesure à l’affermissement du cœur lors du passage de vie à trépas et l’occasion qu’a eu ce compagnon d’extérioriser en parole (bi l lisan) sa Foi, ce qui l’a rendu parfaite à ce moment là.

[2Même racine que W J D : Trouver.

[3Il s’agit bien du degré de ce compagnon qui dans l’expression de l’état de son cœur a fait, d’Allah seul, l’objet de son désir.

Référence implicite au Hadih sacré : « La terre et le ciel ne me contiennent pas, mais le cœur de Mon serviteur croyant me contient »

[4Confusion.

[5Axe Pivot Circonférence Orbite Trajectoire.

[6Mot à mot (Dans ce lieu originel) Patrie, Berceau d’un peuple, siège (d’une douleur).

[7Allah.

[8Commandant.

[9Sira ibn Hicham, vol. 4.

[10Nawal : ce qui est bon, bien, juste. On peut comprendre : …attiré par Son Essence « essentiellement » bienfaisante.

La racine SH K L contient la notion d’entrave, et donc de forme, conformation, configuration, manière. C’est également la voyelle qui fixe le son de la lettre nue. Cela représente donc l’essence particulière d’une chose qui fait qu’elle est ce qu’elle est par opposition à l’Essence inconditionnée.

[11Âme, cœur, esprit, force vitale ; La racine verbale signifiant : avoir /retrouver bonne mine, semble plus liée aux éléments individuels psychiques en liaison avec l’enveloppe corporelle.




Envoyer un message

Facebook