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Traduction : Salih KHLIFA

Nul lieu ne contient le Connaisseur !

Introduction et notes. A. Madani.

D 25 octobre 2009     H 09:45     A Madani    


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Entièrement épris par l’amour divin, sidi Muhammed al-Madani (1888-1959) chante dans ce poème, (Yâ Lâ’imî…) les délices et les souffrances d’une passion qui englobe tout son être. Il adresse ses paroles au Censeur (‘adhûl ou lâ’im), fictif ou réel, qui l’incitait à abandonner son amour envers Allâh. Déterminé, le poète répond fermement que rien ne pourra le détourner de cet amour qui constitue l’identité profonde du Connaisseur. Bien que coranique, [yuhibbihum wa- yuhibbûnahu= Il les aime ; et ils L’aiment, Coran, La Table servie, v. 54 ], cet amour libère sidi al-Madanî de toute contrainte spatiale. Nul lieu ne contient le Connaisseur.

Ô ! Toi qui me réprimandes.
Ô ! Toi qui me réprimandes sans cesse, laisse-moi, il n’y a pas d’autres lieux qui me contiennent [1] ;
La passion (que je nourris) pour Allah est mon art ; est-ce un crime ?
Suis-je blâmable pour avoir crié : « ah ! », ou pour avoir chanté débout parmi des gens généreux ?
Ô ! Toi qui me réprimandes sans cesse, laisse-moi, il n’y a pas d’autres lieux qui me contiennent ;
L’œil des veillées (tardives) a endolori mon corps, et mes larmes, comme eau, coulent abondamment.
Rends-moi justice ô ! Homme sensé : La passion est mon seul délit et ma patience s’est envolée.
Ô ! Toi qui me réprimandes sans cesse, laisse-moi, il n’y a pas d’autres lieux qui me contiennent.
Si je divulguais ma passion parmi les hommes, des hommes vils verraient là un péché honteux.
Et ils exagéreraient encore leurs reproches à mon égard et ils cribleraient encore mon cœur de blessures.
Ô ! Toi qui me réprimandes sans cesse, laisse-moi, il n’y a pas d’autres lieux qui me contiennent.
L’amour m’a étiolé ; mon cœur erre, et la passion qui m’a enchaîné, n’a fait que s’enflammer [2].
Dans mon cœur ne loge que l’amour ardent ; alors dis à celui qui déprécie mes actions que l’aurore [3] pointe et se montre de plus en plus.
Ô ! Toi qui me réprimandes sans cesse, laisse-moi, il n’y a pas d’autres lieux qui me contiennent.
Dis à mon censeur que la lune est apparue pour moi et que je me suis absenté de mon être lors de son apparition. En ce matin, la manifestation éteint quiconque se porte présent auprès de l’Essence et de la source.
Ô ! Toi qui me réprimandes sans cesse, laisse-moi, il n’y a pas d’autres lieux qui me contiennent.


[1Le terme arabe qui résume cette phrase est « anâ mâ lî barâh ». Ce dernier terme signifie : « terre désertique, sans plantes ». Il signifie aussi : « terre vaste et étendue ». Le poète emploie cette image pour décrire son amour infini. Nulle terre, nulle expression ne pourront contenir l’ardeur de sa passion.

[2L’étiolement de l’amoureux, l’errance du cœur et l’embrasement de la passion sont des thèmes connus dans la Tradition poétique arabe : soufie et amoureuse.

[3Chez les soufis, l’aurore symbolise souvent la Vérité éclatante.