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« Quiconque place sa confiance en Allah, Il lui suffit ».

D 16 juin 2010     H 19:40     A Madani    


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On a rapporté que Hātim al-Asamm (Abū ‘Abd al-Rahmān, m. 237/851) était le père de nombreux enfants. Cependant, il ne possédait pas un seul grain. Il avait pour seul principe de s’en remettre à Dieu. Un soir, au cours d’une discussion entre amis, ils parlèrent du pèlerinage. Son cœur fut pris d’une ardente langueur. Il rentra chez lui et dit à ses enfants :

  • Permettez-vous à votre père de se rendre, cette année, à la Demeure du Seigneur ? Il pourra y implorer Allah pour vous.
  • Tiens-tu à partir alors que tu ne possèdes rien ? Demandèrent son épouse et ses enfants. Tu sais le dénuement dans lequel nous nous trouvons. Comment pourrais-tu te rendre là-bas ?

Sa petite fille se joint à la conversation :

  • Pourquoi ne lui permettez-vous pas d’y aller ? Laissez-le partir où il le souhaite. Il nous ouvre la voie qui nous conduit à la subsistance mais n’en est pas le Donateur lui-même (ar-razzāk) [1] .
  • Elle a entièrement raison, remarquèrent les enfants. Père, rends-toi où tu le désires !

Immédiatement, il se leva, fit l’ihrām pour le pèlerinage et partit en voyage. Ses voisins vinrent blâmer sa famille de l’avoir laissé partir ainsi et ses enfants accablèrent la petite fille de reproches :

  • Si tu n’avais rien dit, nous ne l’aurions pas laissé partir.

La petite leva les yeux au ciel en suppliant :

  • Mon Dieu ! Mon Maître ! Mon Seigneur ! Tu as habitué les peuples à Ta générosité. Tu ne les oublies point. Tu ne les décevras point. Ne m’humilie pas face à eux.

Au même moment, le Prince de la ville sortit chasser. Il se retira loin de son armée et de ses compagnons. Lorsqu’il eut très soif, il passa devant la demeure de l’homme pieux Hātim al-Asamm. Il frappa à la porte et demanda de l’eau.

On lui demanda :

  • Qui es-tu ?
  • Le Prince est devant votre porte. Il vous demande de l’eau, répondit-il.

Levant les yeux au ciel, l’épouse de Hātim s’exclama :

  • Mon Dieu ! Mon Seigneur ! Sois Exalté ! La veille, nous nous sommes endormis affamés et voilà qu’aujourd’hui, le Prince est devant notre porte et nous demande de l’eau.
    Elle saisit une nouvelle coupe, la remplit d’eau et s’adressa au serviteur :
  • Pardonnez-nous.

Le Prince prit la coupe et savoura cette eau.

  • Cette maison est-elle celle d’un prince ? Demanda t-il.
  • Par Dieu, non. Elle appartient à l’un des serviteurs pieux d’Allah, dirent-ils. Il est connu sous le nom de Hātim al-Asamm.
  • J’ai entendu parler de lui, dit le Prince.
  • Mon Prince ! Dit le Ministre, j’ai entendu la veille, qu’il se dirigeait vers la Mecque. Il est parti sans rien laisser à sa famille. On m’a informé qu’hier, tous ont passé la nuit affamés.

Le Prince rétorqua :

  • Aujourd’hui, nous les avons importunés à notre tour. Il n’est pas convenable que des gens de notre rang sollicitent des personnes aussi modestes qu’eux.

Le Prince défit ensuite sa ceinture, la jeta à terre et lança à ses compagnons :

  • Que celui qui m’aime offre sa ceinture.

Ses compagnons défirent leurs ceintures à leur tour, les jetèrent puis s’en allèrent.

Le ministre dit alors :

  • Oh habitants de cette demeure ! Que le salut soit sur vous. Je reviendrai prochainement, une fois la valeur de ces ceintures estimée.

Après avoir raccompagné le Prince, le ministre s’en retourna chez la famille, lui remis une somme équivalente à celle que représentaient les ceintures, une fortune colossale, et les récupéra.

En observant la scène, la petite fille pleura à chaudes larmes. On la questionna :

  • D’où te viennent ces pleurs ? Tu devrais être contente. Certes, Dieu nous a comblés de ses bienfaits.
  • Oh mère ! répondit-elle, par Dieu, je pleure en pensant à la nuit que nous avons passée affamés. D’un seul regard d’un serviteur de Dieu, notre pauvreté devient richesse. Quand le Créateur Généreux porte son regard sur nous, Il ne nous abandonne aux mains d’aucun autre. Mon Seigneur ! Accorde Ta Clémence à notre père et accorde-lui Ta plus grande bienveillance.

Telle fut leur histoire.

Quant à Hātim, le père, il rejoignit les pèlerins. Le chef de la caravane fut frappé d’un mal. On lui chercha un médecin en vain.

  • Y a-t-il un homme pieux ? Demanda-t-il.

On lui recommanda Hātim. Lorsque Hātim se rendit auprès du chef et lui parla, il invoqua alors le Seigneur de le soigner. Le chef en fut aussitôt guéri. Il ordonna alors qu’on lui offre de l’argent pour voyager, manger et boire.

Hātim dormit cette nuit-là en pensant à ses enfants. Dans ses songes, une voix s’adressa à lui :

  • Ô Hātim ! Quiconque agit en bien avec Nous, reçoit de notre part le meilleur des traitements.
    On lui informa de ce qu’il était arrivé à sa famille. Il loua abondamment Allah. Une fois son pèlerinage fini, il rentra chez lui. Ses enfants l’accueillirent. Il embrassa la petite en pleurant :
  • Les petits, aux yeux de certains, sont parfois grands aux yeux des autres. Dieu ne regarde pas le plus âgé parmi vous, mais il regarde celui qui Le connaît le plus. Connaissez-le et accordez-lui votre confiance. « Quiconque place sa confiance en Allah, Il lui suffit ».

Al-Ibhīchīhī, Vol.1, p.221-223.


[1الرزاق – ar-Razzâq – est l’un des 99 noms de Dieu et désigne « celui qui pourvoit et accorde toujours la subsistance ».