Si seulement tu savais…

mercredi 19 février 2014, par Madani

Toutes les versions de cet article : [Français] [Italiano]


1. Si seulement tu savais ce que sont les fruits de l’amour,

tu ne ménagerais point ta peine.

2. Toi dont l’amour ardent a miné mon cœur ! Tu es tel la pleine lune ; Non ! Tu es bien plus beau.

3. Magnifique, tel une gazelle aux yeux noirs ; visage superbe ; lorsque tu t’avances, la pleine lune en prend ombrage.

4. Hormis vous, je n’ai personne, Mon esprit est votre rançon.

Sans trêve, j’implore Allah de m’accorder votre satisfaction.

5. Mon bien-aimé, si l’idée de me tuer t’agrée ; je m’en remets à Allah, fais le donc !

Law kunta tadrī

1. Law kunta tadrī mā al-ḥubbu yaf‘al bil-waṣl yawman mā kunta tabkhal

2. Yā man hawāhu ‘aḍnā fu’ādī

kal-badri anta, bal anta ajmal

3. Dhbyun kaḥīlun , ḥulwu l-muḥayyā

in māsa minhu l-badru yakhjal

4. Mālī siwākum, rūḥī fidākum

dawman riḍākum Allāha as’al

5. In kāna ḥibbī yarḍā bi-qatlī

sallamtu amrī li-Allahi fāf‘al


Commentaire.

Dans ce magnifique poème, doctrinalement très riche, le Chaykh s’adresse à plusieurs interlocuteurs.

C’est à la conscience réflexive du lecteur que le premier vers sonne comme un avertissement, mais surtout aussi comme un encouragement. Tous ceux qui lisent ce vers, se voient donc comme des aspirants qui n’ont pas encore pris la mesure totale des enjeux. Effectivement, il faut sans cesse « aiguillonner » notre âme et lui désigner sans relâche l’objet de la quête qu’il nous a été donné d’accomplir.

« ألاَ فِي شُهودِ الحَقّ تَنْزلُ رِكابُنا »

Toutefois cet aiguillon est essentiellement celui de l’Espérance dans la « Rencontre ».

Ensuite, le guide s’adresse au Prophète (Prière et Salut sur Lui), Guide des guides, au centre du cœur et vers lequel convergent tous les regards de l’être lorsque l’âme « inspirant au mal », vaincue, abandonne son emprise dictatoriale et sa « sorcellerie ». Il est comparé à la pleine lune qui réfléchit, éclatante, la lumière du soleil. Mais le Prophète est encore plus beau ! Car si la lune d’une certaine façon ne fait que refléter la lumière, le Bien-Aimé-Muhammad n’est quant à lui pas autre chose que le Secret du Bien-Aimé-Allah, de telle manière que le Prophète (Prière et Salut sur Lui) est à la fois la lune (en apparence et en sa qualité d’être missionné reflétant la lumière de Son Seigneur) et le Soleil (en réalité) !

Première réduction à l’Unité.

« إِنَّ الَّذِينَ يُبَايِعُونَكَ إِنَّمَا يُبَايِعُونَ اللَّهَ »

Le Chaykh convoque dans un troisième temps la Communauté des Saints d’Allah, passée et présente (les fuqaras). Il prend Allah à témoin de tout cela et sa supplique s’adresse à Lui pour honorer ce devoir, dans la mesure où se conformant à la Tradition Prophétique, elle est le prolongement actuel de la présence du Bien-Aimé (les savants sont les héritiers des prophètes et les shuyukh du Tasawwuff sont Ses khulafā’). Leur satisfaction est celle du Prophète (Prière et Salut sur Lui).Q : 66-8.

« يَوْمَ لَا يُخْزِي اللَّهُ النَّبِيَّ وَالَّذِينَ آمَنُوا مَعَهُ ۖ نُورُهُمْ يَسْعَىٰ بَيْنَ أَيْدِيهِمْ وَبِأَيْمَانِهِمْ يَقُولُونَ رَبَّنَا أَتْمِمْ لَنَا نُورَنَا وَاغْفِرْ لَنَا ۖ إِنَّكَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ »

Deuxième réduction à l’Unité.

Finalement, dans un monologue poignant, son « secret » s’abandonne à L’Un pour le Sacrifice suprême. Comme Sayyidna Ismaïl voyant le couteau d’Abraham, il accepte sereinement la « disparition » de sa forme (son être individuel). Le « meurtre » symbolise l’extinction de l’égo, pour aller « au-delà », par et pour le ridha du Bien-Aimé. Ici, l’aspirant a définitivement réalisé que dans ce sacrifice est la vraie Vie, en Lui, sans « être » autre que Lui. Il sait toutefois que seul le Bien Aimé a le privilège de « tuer », car si l’égo tue l’égo, il ne fait que perdurer. Le Shaykh dans son secret s’adresse donc au sacrificateur : Fais-le ! (que « je » sois « Un » par/avec « Toi »). On retrouve toute la doctrine traditionnelle du Sacrifice.

Troisième réduction à l’Unité.

Qu’Allah agrée nos tentatives de comprendre le langage de l’Amour qui n’est autre que celui du « Retour » à l’Unité, et nous aide à nous attacher à la fréquentation de la parole de Ses Amis.

Qu’Allah pardonne nos doutes, faiblesses, errements, ignorances, turpitudes, dissipations, et recouvre cela par Sa Force, Sa Lumière, Sa Pureté, Son Unité. Amin.

Sidi ‘Abd al-Malik, 11-02-2014.

Mouqaddam d’Egletons

France.




Envoyer un message

Facebook