MORALITÉ ET BONNE CONDUITE
Vous êtes ici : Accueil » BIBLIOTHEQUE » OUVRAGES DU CHEIKH Sayyidī Muhammad al-Madanī » Discours » Sidi Muhammad al-Madanī parle de lui-même en 1943.

Sidi Muhammad al-Madanī parle de lui-même en 1943.

D 9 avril 2012     H 11:30     A Madani    


agrandir

Nous avons l’honneur de vous présenter un document historique d’une valeur inestimable. Il s’agit d’un discours prononcé par le cheikh sidi Muhammad al-Madanī (1888-1959), lors de l’Anniversaire du Prophète, sallā Allahu ‘alyhi wa sallam, (mawlid) vers le 20 mars 1943. Dans ce texte autobiographique, le cheikh dépeint les principales phases de sa vie jusqu’à 1943.

1- […] O ! Gens d’Allah, remémorants, je voudrais [1] vous entretenir [2] d’une personnalité saillante de ce temps à propos de laquelle les controverses ont couru les langues. Cette personnalité est (en réalité) un homme qu’on appelle Muhammad al-Madanī al-‘Alāwī al- Qusaybī. Il s’agit de cet homme debout parmi vous et qui vous parle. J’ai voulu vous dire ce qu’il est au juste, sans tomber dans l’excès de son panégyrique, ni dans celui de sa calomnie, afin que les gens sachent de qui il s’agit vraiment, car beaucoup de personnes chantent ses immenses mérites dans beaucoup de villes et beaucoup de réunions, affirmant que le šaykh Muhammad al-Madanī est l’homme du temps (annoncé), son secours, son pôle (qutbuhu) spirituel, l’héritier du mystère de l’Envoyé d’Allah, sur lui bénédictions et salut, et qu’ il n’y a pas son pareil en ce siècle, parmi ses contemporains… et vont jusqu’à développer des analyses dépassant toute mesure, les limites même du panégyrique, du dévouement (à ma personne).

2- Une autre catégorie de gens, à longueur d’années, écrivent dans les journaux, soutiennent aussi dans certaines réunions, dans certaines villes que Muhammad al-Madanī est un imposteur, un hérétique, un homme de paille du gouvernement, qu’il déteste le (parti) Destour.

3- Là aussi, la démesure dans la diffamation, je dirai dans la calomnie. L’homme, aussi longtemps qu’il est sur terre, a forcément des amis qui le louent et des ennemis qui le calomnient.

4- Aš-šaykh Muhammad al-Madanī a lu le Coran, dans son enfance, au contact de deux mu’addib-s (maîtres d’école coranique) pieux et vertueux. Puis Dieu m’a rendu digne de compter parmi les étudiants de la Grande Mosquée Zaytūna, qu’Allāh la préserve, après que je me fus initié aux principes de la science (religieuse), dans mon village…

5- J’ai appris à la Grande Mosquée Zaytūna les sciences religieuses (al-‘ulūm ad-Dīniyya) et théologiques (le mot est pris ici au sens étymologique) (al-‘ulūm al-‘ilāhiyya). Lors de la dernière année de mes études, à la Grande Mosquée, la chance m’a aidé, car j’ai pu me réunir avec le Soufi accompli et le gnostique arrivé au stade de l’union théopatique (as-sīfī al-kāmil wa l’ārif bi Allāh al-wāsil), le šaykh sidi Ahmad al-‘Alāwī, de Mostaganem (eulogie) en 1328/1909.

6- Il m’a initié au wird (formules liturgiques composées de récitations de sourates, d’invocations diverses, comme certains Noms d’Allah. Ce wird vise à créer un climat mental spécial préparant à la remémoration collective) de la tarīqa (voie) alawo [3]- darqawo [4]- šādhulite [5].

7- Ainsi, j’ai dû changer de cap ; puisque je n’allais plus courir derrière les diplômes en vue de devenir surtout fonctionnaire. Par contre, je fus habité par le désire de parvenir à la station de la gnose suprême (maqām al-‘irfān) pour la présence du Miséricordieux (li-hadhrati al-Rahmān), à l’extinction du reste des univers (al-fanā ‘an sā’ir al-akwān).

8- Uniquement dans cette intention, j’ai accompagné le maître al-‘Alāwī et suis resté en sa compagnie [6]. J’ai pu acquérir à ses contacts ce qu’Allah a destiné pour moi (de toute éternité), c’est-à-dire la gnose et des flux divins (fuyūdhāt rabbāniyya) au point que le Maître m’a autorisé à initier les communs (al-‘āmma) au wird de la tarīqa (alawite) et l’élite (al-hāssa) au Nom suprême (al-Ism al-a‘zam) en 1329/1910.

9- Voilà (donc) trente quatre ans que je dépense le meilleur de mon temps et mes connaissances les plus précieuses en faveur de ceux parmi mes frères croyants qu’Allah a prédisposés à recevoir ces connaissances ; je ne demande par là que la Face majestueuse d’Allah…

10- Je ne vous dirai pas que je suis un homme qui n’a jamais été l’auteur d’une faute vénielle ou capitale, que je sois infaillible ; Non ! Non ! L’infaillibilité a cessé d’exister avec les Seau des Prophètes [7]. Je suis un homme semblable aux croyants…J’espère qu’Allah absoudra mes fautes, le Jour de la Religion et que vous prierez pour moi ; dans vos retraites spirituelles (khalawātikum)…[…].

Traduction sidi Salih KHLIFA
Présentation A. Madani


[1Al-Hāj ‘Abd al-Azīz Bū-Zayd, ms. cit, p. 31 sq

[2Il s’agit d’un extrait d’une allocution faite par le šaykh al-Madanī lors de la commémoration de l’anniversaire du Prophète (mawlid en 1943)

[3Le šaykh Ahmad al-Alawi (1869-1934), fondateur de la tariqa ‘Alawite.

[4Le šaykh al-‘Arbrī al-Darqāwi, fondateur de la tariqa Darqāwiyya.

[5Le šaykh Abū al-Hasan al-šadhuli (m. 1258) fondateur de la grande tarīqua šadulite ; Il est l’ancêtre spirituel des Darqawites, des Alawites et des Madanites.

[6A peu près trois ans à Tlimsan et à Moustaganem de 1909 à 1911.

[7Évidemment, Le prophète Muhammad (Khātim al-nabi‘īn).

Dans la même rubrique

Sidi Muhammad al-Madanī vers 1900…